Les cafés historiques de Budapest – Hongrie

Par Flavie Thouvenin

Après plusieurs décennies d’une histoire tourmentée assombrie par les régimes nazi et communiste, Budapest a aujourd’hui retrouvé l’effervescence et la prospérité qui avait fait de la perle du Danube une ville de prestige et d’avant-garde au début du XXe siècle. Les touristes ne s’y trompent pas : en passe de détrôner Berlin et Prague au rang des destinations les plus en vues de l’est européen, la capitale hongroise mise tout sur ses nombreux attraits. Il faut dire que les clichés de carte postale n’y manquent pas, et les amoureux de culture y trouvent leur compte, tout en y savourant sa douceur de vivre.

Ainsi, on remonte le temps côté Buda sur les traces de l’ancien royaume magyar, on flâne dans les rues de Pest en se régalant de ses trésors d’architecture, on longe le Danube à bord de ses pittoresques tramways jaunes, on barbote dans eaux médicinales des bains thermaux les plus courus… Et pour prendre le pouls de la ville et profiter d’une pause bien méritée entre deux visites de musées, on s’attable dans l’un de ses nombreux cafés historiques pour s’y délecter de quelques douceurs locales ! Témoins de l’histoire de la capitale depuis plus d’un siècle, anciens repaires de l’intelligentsia, ils offrent à eux seuls un véritable voyage dans le temps et représentent une tranche d’histoire de la Hongrie. Tour d’horizons de trois des plus beaux cafés de la ville.

Vue du Parlement de Budapest © A.-G. Brugeron

Le Café New York

S’il est un incontournable des cafés budapestois, c’est bien le Café New York, le plus grand d’entre eux, et l’un des plus anciens, d’ailleurs promu au titre de « plus beau café du monde », rien de moins ! Ouvert en 1894 dans un beau building du boulevard Erzsébet appartenant alors à New York Life Insurance Company (d’où son nom), il fut l’un des cafés les plus fréquentés par l’élite culturelle locale au tournant du xxe siècle. Écrivains, poètes, éditeurs, journalistes et artistes en tout genre venaient y refaire le monde dans son décor fastueux de style Renaissance italienne où les marbres miroitants des sols et des colonnes se mêlent aux fresques des plafonds et aux dorures rutilantes des luminaires.

Tombé en perdition après la Seconde Guerre mondiale puis transformé en magasin d’articles de sport, il réouvrit dans les années 50 sous le nom de Hungária mais dû attendre 2006 et son acquisition par un nouveau propriétaire pour retrouver son éclat d’antan à la faveur d’une rénovation complète, alors bien méritée. Aujourd’hui très fréquenté par les touristes, il demeure un passage obligé de toute escale dans la capitale hongroise. Bien installés sur ses fauteuils de velours rouge, c’est un véritable spectacle qui se déroule sous nos yeux, le ballet des serveurs répondant à la douce mélodie de piano qui résonne entre ses murs…

Un régal tant pour les yeux que pour les papilles ! On y vient notamment siroter un excellent chocolat chaud à l’ancienne, riche et onctueux, ou (pour les plus téméraires) un café hongrois, mélange de café, de sucre et de palinka (l’eau de vie locale) aux cerises noires, accompagné d’une généreuse couche de crème fouettée.

Profitez d’une pause au Café New York au cours de notre escapade « De Budapest à Vienne via Bratislava » : à venir

Le Café Gerbeaud

En plein centre de Pest, il est une autre institution qui fait parler d’elle : le Café Gerbeaud. À l’origine des lieux, pourtant, point de monsieur Gerbeaud mais un certain Henrik Kugler. Issu d’une grande lignée de pâtissiers, Kugler ouvre son commerce en 1858 sur la place Jozsef Nador, avant de bientôt déménager sur la place Vörösmarty voisine. Si le café-confiserie Kugler est déjà très en vogue chez la bonne société budapestoise (il se dit que l’impératrice Sissi y faisait une escale à chacun de ses passages dans la ville), c’est son rachat en 1880 par Émile Gerbeaud, pâtissier-chocolatier suisse, qui feront des lieux – alors rebaptisés Café Gerbeaud – une véritable référence.

Entrepreneur de talent, Gerbeaud ne laissait rien au hasard, attentif au moindre détail, du goût de ses créations gourmandes, bien sûr, jusqu’à leur esthétique, en passant par leur emballage et la décoration des lieux (les amateurs d’art les plus attentifs reconnaîtront ainsi, dans l’un des salons, un tableau de Gustave Moreau). À la fin du xxe siècle, le Café Gerbeaud n’est plus seulement une institution locale et jouit d’une renommée internationale. Monsieur Gerbeaud devint même membre du jury de l’Exposition universelle de 1900 et recevra la Légion d’honneur française ! À sa mort, en 1919, sa veuve, Ester Ramseyer, fille d’un chocolatier français, prend la gestion du café et maintient sa réputation jusqu’à sa disparition, en 1940.

Après la guerre et l’avènement de l’URSS, les lieux sont nationalisés : le café devient Café Vörösmarty et perd son éclat d’antan… Des années sombres qui prendront fin dans les années 90. Alors que Budapest sort de la grisaille soviétique, les héritiers Gerbeaud rachètent le commerce. Le Café Gerbeaud renaît et retrouve son atmosphère d’autrefois ! Aujourd’hui encore, dans le confort de ses salons feutrés, on se délecte de pâtisseries hongroises savamment exécutées, comme la tarte Dobos (gâteau alternant couches de génoise et crème au chocolat), ou le fameux gâteau Gerbeaud (Zserbo en hongrois), au chocolat, aux noix et à la confiture d’abricot, créé par le maître pâtissier lui-même il y a plus d’un siècle. Et pour les plus pressés, on peut acheter les gourmandises à emporter au comptoir.

Dégustez une savoureuse part de gâteau au Café Gerbeaud au cours de notre programme Budapest à la Saint-Sylvestre

Le Café du Passage de Paris (Párisi Passage Café)

À quelques pas du Danube, dans le quartier touristique et commerçant de Belváros, il est un bâtiment qui ne manque pas d’attirer l’œil du passant… Avec sa façade de style éclectique mélangeant les éléments néo-gothique, Art nouveau et maure, la maison Brudern, ou Párisi Udvar (littéralement la cour de Paris), est incontestablement l’un des plus beaux immeubles de Budapest. À l’intérieur comme à l’extérieur, le visiteur se régale de ce fabuleux joyaux d’architecture, avec pour point d’orgue sa galerie traversante aménagée selon le modèle des passages parisiens.

À l’origine, à son ouverture en 1817, les lieux abritaient des commerces au rez-de-chaussée et les bureaux de la Downtown Savings Bank, propriétaire de l’immeuble, dans les étages. À l’instar de ses cousins parisiens, tel le passage des Panoramas dont l’architecte se serait inspiré, le passage de Paris était à la Belle Époque un lieu à la mode où l’on venait, outre pour ses boutiques, pour voir et être vu… Si la galerie survécut à une grande opération de réfection du bâtiment en 1913, elle tomba en perdition des décennies plus tard, sous l’ère soviétique. Longtemps laissé à l’abandon, l’immeuble n’était plus que l’ombre de lui-même avant qu’un grand chantier de rénovation le fasse renaître de ses cendres il y a quelques années.

Aujourd’hui, la maison Brudern a retrouvé toute sa flamboyance, et le fameux passage de Paris, réouvert au public, abrite désormais un café-brasserie où l’on se restaure en profitant de la beauté qui s’offre sous nos yeux, entre les boiseries de la structure savamment sculptées, décorées de dorures et de cuivres éclatants, les plafonds ouvragés et le spectaculaire dôme en mosaïque de verre. Un décor à couper le souffle : les délicieuses douceurs à la carte en sont encore plus savoureuses dégustées dans un tel cadre !